Breaker

Semaine inouïe

Semaine inouïe - autreoreille.com

La parole redevient audible au milieu d’un paysage sonore surréaliste, peuplé de bruits insolites. Quelques jours après l’activation, je partage quelques extraits de ces débuts en fanfare venus bouleverser mon quotidien feutré.

Mardi : ambiance vaisseau spatial
Toutes les voix, y compris la mienne, semblent provenir d’une autre planète et sont ponctuées d’intermèdes musicaux aigus indéchiffrables que provoquent les bruits environnants. Ma perception se modifie rapidement. En 24h, les touches de mon clavier d’ordinateur sont passées du son d’une harpe à celui de claquettes. Un tintamarre très musical dans un registre aigu. Côté musique pourtant, difficile de me repérer mais, répétés, les airs connus retrouvent progressivement du sens.
Je commence la rééducation avec les dictées transcrites en ligne (sur bescherelle.com), conseillées par l’orthophoniste . Je comprends presque tout et me lance donc dans l’écoute de quelques podcasts, sur mon téléphone (qui se connecte en bluetooth à l’implant). Là encore, dans ces voix extraterrestres, je saisis tout de suite les paroles ! Je n’avais pas écouté la radio depuis plusieurs années…

Mercredi : bavardages et clochettes
Conversations autour d’un café avec des amis. Leurs mots se terminent en légers tintements aigus. Rien d’étonnant, me rétorquent-ils, ce sont des êtres féériques. Imparable. Alors, d’accord pour le tintinabule.
Beaucoup de bruits se ressemblent et me font penser à des gouttes de pluie qui tombent sur de la taule pendant un orage, à une vieille radio qui crépite ou aux effets sonores de jeux vidéos. Avec tout ce que j’entends, j’ai l’impression d’avoir des superpouvoirs. Si, si !

Jeudi : avec plusieurs interlocuteurs
Un rendez-vous, un déjeuner au restaurant, une réunion… je connecte mon émetteur-récepteur à l’appareil auditif et à l’implant, puis à l’implant seul pour exercer le cerveau. Le résultat est encourageant. Avancée flagrante : je fais beaucoup moins répéter.
Je réussis à identifier le miaulement de mon chat et le grincement de ses griffes contre la tapisserie. Aïe…

Vendredi : animation d’une formation
Vécue comme un petit défi, seulement 4 jours après l’activation. J’ai préparé cette session en envisageant plusieurs scénarios car je n’avais aucune idée du niveau d’interactions avec les participants que je réussirais à gérer. En accessibilité, mon matériel habituel : micro et boucle à induction magnétique (BIM). Premières minutes enchanteresses : avec la BIM et tous les participants qui jouent le jeu, je comprends tout. Toute la journée, je peux me concentrer sur l’animation et personnaliser les contenus. Moral au sommet !

Week-end : en vadrouille, dans l’agitation de la ville
Si dans le calme le résultat est très bon, dans les atmosphères bruyantes, il est nettement plus mitigé. Je suis tentée de recourir à l’émetteur-récepteur pour isoler les voix du bruit ambiant, réalise que je l’utilise beaucoup et m’efforce de m’entraîner à m’en passer. La compréhension dans ces contextes restera sûrement une des limites de l’implant mais il doit me rester une (grande) marge d’amélioration.
Je reconnais et entends désormais le chant des oiseaux.
Au moment de l’activation, le Dr Poncet m’a recommandé de « laisser mon cerveau prendre le dessus », en faisant l’impasse sur l’étrangeté du son pour me focaliser sur le sens des mots et l’origine des bruits.

En début de semaine, les voix manquaient d’intonations. Leur débit était assez saccadé. Peu à peu, elles se sont précisées, teintées de nouvelles nuances, d’une plus grande fluidité jusqu’à ressembler un peu à celles que je percevais avec les appareils auditifs.

Les autres sons restent plus difficiles d’accès. Je me sers beaucoup de l’application (Nucleus Smart) pour ajuster les réglages (programmes, volume et sensibilité) pour améliorer le confort et la compréhension.

Semaine magique mais aussi perturbante, avec de la fatigue. Je n’ai porté l’implant que quelques heures les premiers jours. Désormais, j’ai du mal à m’en passer la plupart du temps mais ressens aussi le besoin de l’enlever de temps et temps : trop de sons, d’un coup.

Les pas de géant de ces derniers jours augurent des perspectives épatantes pour ma nouvelle petite oreille.

 

Photo by Josh Couch on Unsplash

 

@solene

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