Breaker

Et la musique, ça devient quoi ?

Et la musique ca devient quoi - autreoreille

« Et bien, ça n’est pas vraiment l’objectif de l’implant ». Comme l’appareil auditif, l’implant cochléaire est avant tout conçu pour accéder au son de la voix.

Déjà actuellement, ma perception de la musique est assez dégradée.
Capté par les micros des appareils auditifs, traité par leur processeur, retransmis dans les écouteurs… ce son amplifié une seconde fois perd au passage une grande partie de ses subtilités quand il ne se transforme pas en une cacophonie indémêlable.

Pire, il est devenu un « bruit » souvent gênant : je dois faire un choix sans nuance entre écouter de la musique, même à faible volume, ou suivre une conversation. Les deux sont devenus (très) incompatibles. Point assez délicat de la vie sociale car il n’est pas simple de solliciter une quasi-extinction de la musique auprès d’un entourage entendant, certes tout à fait compréhensif mais dont je sais qu’il raffole de ce fond sonore.

Mon décodage des mélodies s’appuie en grande partie sur des souvenirs. Quelques mesures familières ou la mention du nom d’un morceau déjà écouté suffisent à ce que ma mémoire pallie ce qui n’est pas bien perçu et hop, je commence à entendre ! Une sorte d’illusion auditive au résultat curieusement réaliste.

Quelques rares fois, je ressens vraiment le son. Ces moments magiques se sont comptés sur les doigts des deux mains depuis 15 ans. Essentiellement sans les appareils auditifs, en concert, associés à d’autres sensations qui émanent de l’ambiance partagée avec les personnes présentes.

Petit à petit, j’ai presque arrêté d’écouter de la musique en dehors des concerts. Depuis quelques semaines, je lui redonne de la place dans mon quotidien pour que ma mémoire engrange le plus de matière possible. J’utilise un collier bluetooth connecté à mon téléphone. J’ai aussi dépoussiéré et accordé ma guitare, retrouvé le chargeur d’un clavier délaissé.

Et peut-être plus encore ? Session pianistique hier avec des amis : ils ont joué des morceaux de Debussy, Chopin, Beethoven, Yiruma et m’ont transmis quelques repères à partir de comptines et d’airs très connus. J’ai pu entraîner les vestiges de mon audition en jouant des accords de différents intervalles sur leur majestueux piano. Un chouette moment qui a, je l’espère, outillé un peu plus mon cerveau pour reconquérir le plaisir de l’écoute musicale après l’implantation. Si cet objectif restait inaccessible, j’aurai tout de même passé ce dimanche après-midi avec des amis à écouter des morceaux superbement interprétés et à papoter en engloutissant de délicieux gâteaux. Ça va…

Photo by Simon Noh on Unsplash

@solene

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